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Mise à jour : mercredi 18 octobre 23:00

La caroline

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Apparue vers 780, sous le règne de Charlemagne, la minuscule caroline est une écriture qui se caractérise par des lignes arrondies et uniformes, facile à lire afin d'avantager la diffusion des connaissances.
A Corbie, elle est notamment popularisée à travers la copie de la Bible de Maurdramne, abbé de 772 à 780, et l'Evangéliaire, dont le premier cahier fut restauré au XIème siècle, témoignant ainsi de l'évolution de la "caroline". Parmi les documents réalisés au scriptorium de l'abbaye, certains sont particulièrement remarquables pour leurs magnifiques ornements, à l'image du Psautier de Corbie.
Aujourd'hui, les manuscrits de l'Abbaye de Corbie sont en partie conservés dans des bibliothèques prestigieuses du monde entier telles que la Bibliothèque Nationale de France, la Bibliothèque publique Chtchedrine Saltykov de Saint-Pétersbourg, la Deutsche Staatsbibliotek de Berlin, ou encore la British Library de Londres. Cependant, 177 d'entre eux sont toujours archivés à la Bibliothèque Municipale d'Amiens, où leur richesse et leur valeur sont soigneusement entretenues.

 Les manuscrits carolingiens provenant de l’abbaye de Corbie et conservés par les Bibliothèques d’Amiens Métropole

Les Bibliothèques d’Amiens Métropole conservent aujourd’hui 177 manuscrits provenant de l’abbaye de Corbie. Entrés dans les collections nationales du dépôt littéraire d’Amiens à la faveur des confiscations révolutionnaires, de même que les bibliothèques d’autres établissements religieux de la ville et de la région, ils représentent le plus prestigieux et le plus considérable des apports initiaux ayant donné naissance à la Bibliothèque d’Amiens. Ils constituent aujourd’hui le cœur de la collection de manuscrits des Bibliothèques d’Amiens Métropole.

Les manuscrits de Corbie conservés à Amiens ne représentent qu’une partie de l’ensemble de la bibliothèque de l’abbaye médiévale. En effet, pendant la Guerre de Trente ans, en 1638, après la reprise de Corbie sur les Espagnols, par mesure de sécurité, 400 manuscrits, et non des moindres, sont transférés à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris ; ils entrent à la Bibliothèque nationale en 1796, avec les fonds de cette abbaye. Mais 25 d’entre eux se trouvent parmi les manuscrits acquis par Dubrowski, agent de Catherine II de Russie, et sont conservés à présent à Saint-Pétersbourg. Du XVIe
siècle au XVIIe
siècle, à une époque où l’abbaye est frappée par une certaine décadence, la bibliothèque souffre de l’ignorance des moines et de l’indélicatesse de quelques emprunteurs. Enfin, un nouveau prélèvement de 75 manuscrits est effectué en 1803 pour le compte de la Bibliothèque nationale.

Parmi les 177 manuscrits d’Amiens, 17 sont antérieurs au Xe
siècle et reflètent l’importance de l’abbaye comme centre culturel européen aux temps de la Renaissance carolingienne. Si les copistes y transcrivent principalement des textes religieux, le contenu de certains ouvrages révèle également leur souci de perfectionner leur maîtrise de la langue latine et d’amender les textes (grammaires, Ms 425 E et Ms 426 C). Cette volonté de clarté s’exprime également par la contribution des moines de Corbie à la mise au point d’une nouvelle écriture standardisée, la minuscule caroline, dont le but est de favoriser la diffusion du savoir : on peut suivre son évolution à travers les manuscrits d’Amiens, depuis la Bible de Maur Dramne, abbé de 772 à 780, (Ms 11 D), jusqu’à l’Evangéliaire, dont le premier cahier a été refait au XIe siècle, (Ms 172 C), en passant par des écritures plus cursives (Ms 220 C, Ms 222 C). Les manuscrits produits par le scriptorium de Corbie et conservés à Amiens se distinguent donc non seulement par leur clarté, mais aussi parfois par leur admirable décoration : le Psautier de Corbie (Ms 18 C), avec ses initiales historiées peintes et non peintes, permet d’apprécier à la fois la virtuosité des dessinateurs et le talent des enlumineurs. Le plus surprenant des manuscrits ornés provenant de Corbie n’a cependant pas été copié et peint en Picardie, mais à Fulda : il s’agit d’un témoin du Livre des louanges de la Saint Croix de Raban Maur produit par le scriptorium de l’abbaye germanique. Il illustre à lui seul l’étendue de l’aire culturelle carolingienne et l’existence d’échanges de livres et de savoirs entre grands centres monastiques européens. Il témoigne également de la curiosité et du niveau de connaissances des moines de Corbie, lecteurs et admirateurs de ce texte ardu, composé par celui que l’on considère comme le fondateur de la théologie en Allemagne. D’ailleurs, les moines de Corbie montrent à travers le manuscrit 222 C qu’ils se préoccupent de domaines très variés et qu’ils ne s’intéressent pas seulement à la grammaire et aux grands débats théologiques de leur temps, mais aussi aux disciplines scientifiques comme l’astrologie.

 

Séverine Montigny, conservateur, directrice des Bibliothèques d’Amiens Métropole

 

Les numérisations des manuscrits de Corbie illustrant cet article sont issues de la base de données Enluminures du Ministère de la Culture et de la Communication.

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